La technologie permet-elle de distinguer le vrai du faux ?
Face au flux continu d’informations qui nous parvient chaque jour, la philosophie offre d’abord un geste simple et radical : trier ce qui compte de ce qui ne compte pas, avant même de se demander ce qui est vrai ou faux. Cette première sélection première n’intéresse pas que la vérité elle-même, mais aussi la technique par laquelle la véritée est fabriquée, validée et diffusée, jusqu’à brouiller les repères les plus élémentaires. À l’heure des écrans et des algorithmes, une question s’impose alors avec une acuité nouvelle : la technologie permet-elle de distinguer le vrai du faux ?
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Introduction
La post-vérité est-elle un phénomène propre à notre époque numérique, ou bien la vérité a-t-elle toujours entretenu un rapport trouble avec le pouvoir et l’opinion ? Depuis une dizaine d’année, du fait de la multiplication des fake news, on parle d’une nouvelle ère où les faits objectifs pèseraient moins que les émotions. Mais cette inquiétude, aussi actuelle soit-elle, prolonge une tension bien plus ancienne entre philosophie et vie politique. Interroger la technologie contemporaine suppose donc de remonter d’abord à ce que la vérité signifie, avant de se demander qui la fabrique, qui est censé la garantir et ce qui aujourd’hui la fragilise.
Première partie | Axe Etre
Avant de se demander qui distingue le vrai du faux, encore faut-il savoir ce qu’est la vérité elle-même : est-elle donnée, ou construite ? Platon répond par l’allégorie de la caverne, où des prisonniers prennent des ombres projetées pour la réalité, faute d’avoir jamais rien connu d’autre. Ce mythe, vieux de plus de deux mille ans, trouve un écho troublant dans nos écrans contemporains, qui fabriquent eux aussi des représentations prises pour le réel. Ce premier axe pose ainsi les bases du problème : la technique, entendue au sens large, a toujours été ce par quoi la vérité se construit plutôt qu’elle ne se donne.
Deuxième partie | Axe Connaitre
Une fois admis que la vérité se construit, une nouvelle question surgit : qui la distingue du faux, et selon quels mécanismes ? Michel Foucault répond que la vérité n’est jamais séparée du pouvoir : chaque société produit son propre régime de vérité, avec ses procédures de validation et ses sanctions. Ce n’est donc pas l’ignorance qui fait tenir un système, mais un ensemble de règles partagées sur ce qui peut être dit vrai. Ce deuxième axe déplace ainsi le problème : de l’essence de la vérité, on passe à ses conditions sociales et politiques de production, préalable indispensable avant d’aborder l’enjeu technologique contemporain.
Troisième partie | Axe agir
Reste l’enjeu proprement contemporain : la technologie moderne ne fait-elle qu’accentuer une fragilité ancienne de la vérité, ou change-t-elle radicalement la donne ? Hannah Arendt distingue les vérités de fait, contingentes mais partagées en commun, des vérités rationnelles, et montre combien les premières sont vulnérables à une fabrication délibérée de la réalité. À l’ère de la diffusion instantanée et massive de l’information, cette vulnérabilité prend une ampleur inédite : les catégories du vrai et du faux se brouillent, sans pour autant se confondre avec la fabrication totalitaire d’une réalité entièrement fictive. C’est ce dernier écart qu’il s’agit de préciser.
Conclusion
Au terme de ce parcours, une même hypothèse se confirme : ce n’est pas la vérité qui a changé de nature, mais la technique par laquelle elle est fabriquée, validée et diffusée. De Platon à Arendt, en passant par Foucault, la tension entre vérité et pouvoir s’est toujours nouée autour d’un dispositif technique de représentation. Reste alors une question, qui déborde le strict champ de la connaissance : que faire, une fois ce constat posé ? Peut-être moins inventer de nouveaux outils de vérification que cultiver, comme le suggère Orwell relu par Revault d’Allonnes, une décence commune irréductible à toute technologie.
Prolongement | Axe produire
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